“Dans ma maison vous viendrez/D’ailleurs ce n’est pas tout à fait ma maison/Je ne sais pas à qui elle est/Je suis entré comme ça un jour/Il n’y avait personne“.
Ma première pensée lorsque j’essaie de me souvenir de la Maison de la Connaissance, va à ce poème de Prévert qui s’achève en invitation à l’amour. Peut-être parce que la Maison des Connaissances n’appartient à personne, et que dés lors elle appartient à tous.
Cette métaphore architecturale a été imaginée par une consultante et universitaire de grand talent, et l’un de ses collaborateurs, que je ne connais pas.
J’assistai à l’une de ses conférences il y a bien des années de cela et fus subjuguée. La Maison du Knowledge Management est l’expression même des espaces et des pièces qui composent ce que l’on appelle aujourd’hui la gestion des connaissances.
Depuis, chaque fois que j’essaie d’expliquer de quoi l’on parle lorsque l’on parle de gestion des connaissances, cette image me revient d’abord à l’esprit, comme une invitation au partage et à la poésie, car nous collaborons tous à une société plus juste, plus humaine, et plus solidaire lorsque nous ne faisons qu’évoquer la possibilité du partage et d’une richesse à plusieurs.
Notre Maison a donc sa porte d’entrée, un hall, et une salle d’attente, mais une fois les formalités d’enregistrement, de reconnaissance et de sécurité accomplies, et après avoir patiemment attendu dans l’agora, nous nous mouvons vers les étages supérieurs où nous trouvons une Bibliothèque pour sauvegarder et partager nos savoirs, le coin des experts pour échanger, s’accepter, se reconnaître, les salles de conférences pour enseigner, et enfin la pièce où chacun joue un rôle au sein de nos communautés.
Alors seulement nous collaborons, nous échangeons et nous développons ce sentiment d’appartenance qui permet la confiance, l’échange et l’interaction à plusieurs. Lors de cette conférence on avait fait un dessin de la maison. Les fondations représentaient l’information explicite. Chaque pièce servait de métaphore pour les différents espaces, la manière d’y accéder et quel type de connaissance on pouvait y trouver :
* la salle d’enregistrement : car on ne peut accéder à la maison que si on a un badge, il y a des conditions de sécurité
* le lobby : c’est l’endroit où l’étranger attend, avec souvent de l’eau, du café et quelques revues pour patienter
* la Bibliothèque : où l’on stocke tout le matériel tangible et explicite * le Coin des experts : où l’on peut poser les questions et être reconnu par ses pairs* le Centre de Conférence : espace ouvert où les “maîtres” de l’ancien monde transmettent leur expérience au plus grand nombre* les pièces dédiées aux équipes : espaces communautaires dans un contexte virtuel, lieu où l’on travaille ensemble et où il est possible de partager ses problèmes et ses difficultés. Pour Françoise, certains espaces sont obligatoires comme la salle d’enregistrement. Bien entendu, dans une vision plus globale l’internet a changé la donne en matière d’accès au savoir.En tous cas, toutes les pièces sont ouvertes, les murs en verre (ça c’est moi qui l’ai imaginé) pour permettre à la connaissance de circuler librement d’un espace à l’autre. Une connaissance enfermée dans des murs ou dans des individus serait une connaissance morte, vide, forcément dépassée et obsolète (ici aussi il s’agit de ma propre interprétation).Par sa liberté de circulation, l’information libérée de ses carcans crée des ponts et des passerelles qui permettent à la connaissance de rester vivante et d’évoluer (sic).
En grimpant les étages supérieurs, vers les espaces dédiés à l’expertise et à la communication informelle, à l’immatériel intangible, on libère enfin les connaissances tacites, celles qui sont “in people’s minds”. Masse d’idées et d’expériences uniques qui ne pourraient s’articuler autrement, pour rejoindre le flux de la connaissance nécessaire à une organisation ayant des objectifs collectifs.
Je choisis cette métaphore entre toutes car il n’y a pas de recette, pas plus que de définition générique, c’est une expérience à tenter, presque un risque à prendre, et qui peut coûter beaucoup. Comme le dit Nonaka, l’un des pères fondateurs du Knowledge Management “Knowledge cannot be managed, it can only be enabled“.
Plus proche de nous, Barry Hardy s’interroge : y a-t-il une science du Knowledge Management ?http://barryhardy.blogs.com/theferryman/2007/04/the_science_of_.html
Tout au plus peut-on avancer une approche KM, composée d’un ensemble d’éléments : une ‘philosophie’ du partage des connaissances au sein d’une organisation. Cette philosophie se traduit à travers la mise en oeuvre d’un ensemble de comportements, de processus et de technologies facilitant et encourageant ce partage.
C’est dire si la Gestion des Connaissances est un détour à la croisée de plusieurs chemins, des ressources humaines aux nouvelles technologies de l’information et de la communication en passant par la gestion documentaire, l’intelligence compétitive, et de nombreuses autres disciplines. Pour moi, elle est à la fois art et science, scellant le pacte de “nouvelles alliances” préconisées par Prigogine à l’aube du XXIème siècle. Physique et philosophie mais aussi science et poésie, technocratie et chaos fusionnent et sont nécessaires à l’émergence des nouvelles sociétés du savoir.
Quelqu’un a dit, et c’est la définition que je préfère à ce jour à cause de son point de fuite irréductible et son basculement dans l’inconnu :
“L’essence du Knowledge Management :
- C’est connaître individuellement ce que nous connaissons collectivement et c’est l’appliquer
- C’est connaître collectivement ce que nous connaissons individuellement et le rendre (ré)-utilisable
- C’est reconnaître ce que nous ne connaissons pas et l’apprendre“.
Une excellente définition générique qui a le mérite de baliser ce que rationnellement l’on peut attendre aujourd’hui d’une telle discipline est donnée dans un cours : ”Le KM est l’ensemble des processus – de sélection, d’enregistrement et de diffusion, – de partage et de développement des connaissances,mis en place par l’organisation, en vue d’atteindre ses objectifs stratégiques. “
C’est une petite (en taille) femme aux yeux et aux cheveux clairs. Elle dégage a priori la fragilité de sa sensibilité comme la force de sa compétence. Un mélange rare et excessivement attractif.
A la métaphore de sa Maison, j’ai superposé celle des passerelles, car je travaille dans un bâtiment immense où il y en a beaucoup. C’est ici dans ce lieu-ci que “moi aussi j’ai fait ce rêve ...” de réaliser un petit bout de quelquechose comme la gestion des connaissances et dans mon prochain post j’essaierai de vous expliciter pourquoi. Pourquoi ici. Pourquoi aujourd’hui.